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Massage imprévu

Récit par adminBenoit • ⚡ Coécrit par Auteur Numérique
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Chapitre 1 1733 mots • Format : 👥 Présentiel

Chapitre 1 : Le Début

Alice franchit le seuil de l'immeuble d'Hugo sans frapper, comme à son habitude. Elle monta les deux étages quatre à quatre et appuya sur la sonnette. La porte s'ouvrit sur son frère, un mug de café à la main. Il portait un sweat à capuche gris ample, un pantalon cargo noir et était nu-pieds.

— Salut, dit Hugo en s'effaçant pour la laisser entrer. Qu'est-ce qui t'amène à cette heure-ci ?

Alice entra dans le petit salon, posa son sac à main sur la table basse en pin et retira sa veste en jean légère, révélant un t-shirt blanc basique rentré dans son jean brut ajusté. Elle portait des baskets blanches encore propres.

— J'ai un truc à te proposer, dit-elle en sortant un carton cartonné bleu nuit de son sac. Regarde ça.

Hugo s'approcha, posa son mug sur le comptoir de la cuisine américaine et prit le carton entre ses doigts. Il lut les lignes dorées imprimées dessus.

— « L'Instant Suspendu. Formule Duo Absolu. Valable jusqu'au 15 octobre. » C'est aujourd'hui le 13, non ?

— Exactement, répondit Alice en s'asseyant sur le bras du canapé. C'est le cadeau d'anniversaire que Maxime m'avait offert juste avant qu'on se sépare. Ça vaut une blinde, genre deux cents balles la séance d'une heure et demie. J'ai appelé ce matin pour savoir si je pouvais y aller seule et faire deux séances, mais ils ont refusé. C'est une formule duo uniquement. Les deux tables sont dans la même pièce.

Hugo relu le carton, puis le retourna pour chercher une adresse.

— Et tu veux que je vienne avec toi ? C'est un truc de couple, Alice.

— C'est un massage, Hugo. On s'en fout. On est juste deux personnes qui vont se faire masser le dos dans la même pièce. Tu bosses sur ton écran toute la journée, t'as les épaules en béton. Moi aussi. On va pas laisser passer un truc gratuit à ce prix-là juste parce que mon ex était un con.

Hugo passa une main derrière sa nuque, hésitant. Il regarda sa montre.

— C'est à quelle heure ?

— Seize heures. C'est à dix minutes d'ici, rue de la Pompe. J'ai réservé le créneau au cas où tu dirais oui. S'il te plaît, me laisse pas perdre ce bon.

Hugo soupira, un léger sourire aux lèvres.

— Bon, d'accord. De toute façon, j'ai fini mes rendus pour aujourd'hui. Laisse-moi juste mettre des chaussures.

Il enfila une paire de running noires posées près de l'entrée, prit ses clés sur le buffet et ouvrit la porte.

***

Le trajet se fit à pied sous un ciel gris d'automne. Le vent frais faisait voler quelques feuilles mortes sur le trottoir. Alice marchait les mains dans les poches de son jean, tandis qu'Hugo marchait à ses côtés, les mains enfoncées dans la poche kangourou de son sweat gris.

— Tu sais ce que c'est comme type de massage ? demanda Hugo en contournant une flaque d'eau.

— Aucune idée, répondit Alice. Sur le site, c'est écrit « relaxation profonde et reconnexion corporelle ». Le blabla habituel des instituts un peu branchés. C'est dans un appartement, apparemment. Pas une boutique sur rue.

Ils s'arrêtèrent devant le numéro 42. C'était un immeuble de style haussmannien avec une lourde porte en bois sombre et des interphones en laiton. Alice chercha le nom sur la plaque.

— C'est là. « L'Instant Suspendu - Troisième étage gauche. »

Elle appuya sur le bouton. Un déclic sonore libéra la porte. Ils entrèrent dans un hall d'entrée dallé de marbre noir et blanc et prirent l'ascenseur étroit en fer forgé. L'ascenseur monta lentement dans un grincement régulier. Au troisième étage, ils débouchèrent sur un palier moquetté de rouge. Une seule porte faisait face à l'ascenseur.

Alice appuya sur la sonnette. Quelques secondes plus tard, la porte s'ouvrit sur une femme d'une quarantaine d'années. Elle était vêtue d'un pantalon de lin blanc très fluide et d'un haut cache-cœur assorti, noué à la taille. Ses pieds étaient nus. Elle avait des cheveux noirs attachés en un chignon lâche et un visage calme, sans maquillage.

— Bonjour, dit-elle d'une voix douce mais assurée. Vous devez être Alice.

— Oui, bonjour. Et voici Hugo.

— Entrez, je vous en prie.

La femme s'effaça pour les laisser pénétrer dans un grand vestibule éclairé par des lumières tamisées jaunes. Une odeur subtile d'huile essentielle de cèdre et d'ylang-ylang flottait dans l'air. Le sol était recouvert d'un parquet massif sombre, presque noir.

— Je m'appelle Sonia, dit la masseuse en refermant la lourde porte d'entrée. Vous pouvez déposer vos vestes sur le portemanteau ici, et laisser vos chaussures sur le meuble.

Alice retira ses baskets blanches et les posa sur l'étagère en bois. Hugo fit de même avec ses running noires, se retrouvant en chaussettes de sport grises. Alice, elle, portait des petites chaussettes blanches invisibles.

— Suivez-moi, s'il vous plaît.

Sonia les guida le long d'un couloir sombre, uniquement éclairé par des bougies posées au sol. Elle poussa une double porte dérobée qui s'ouvrait sur une immense pièce d'environ quarante mètres carrés. Les fenêtres étaient occultées par de grands rideaux de velours bordeaux. Au centre de la pièce, deux tables de massage basses, recouvertes de grands draps noirs, étaient disposées parallèlement, séparées d'environ un mètre cinquante. Une musique douce, composée de vibrations de bols tibétains et de souffles légers, passait en sourdine.

— Installez-vous sur les fauteuils le temps que je vous explique le déroulement, dit Sonia en désignant deux sièges en rotin recouverts de coussins blancs.

Alice et Hugo s'assirent l'un à côté de l'autre. Leurs mouvements étaient un peu gauches, intimidés par l'ambiance très feutrée du lieu.

Sonia se tint debout devant eux, les mains jointes devant son buste.

— La formule « Duo Absolu » est un soin particulier, commença-t-elle. Il ne s'agit pas d'un simple massage suédois ou californien. Notre approche est basée sur le lâcher-prise sensoriel et la fluidité des énergies. Nous travaillons sur la globalité du corps, sans barrière matérielle. Le but est de dissoudre les tensions mentales en libérant le corps de toute contrainte.

Elle fit une pause, fixant alternativement Alice et Hugo avec un sourire bienveillant mais impénétrable.

— Pour cela, nous demandons une déconnexion totale. Dans la pièce adjacente, qui est notre vestiaire, vous trouverez des casiers pour déposer vos téléphones, vos montres et l'intégralité de vos vêtements. Le massage se pratique entièrement nu pour permettre une application continue des huiles chaudes sur l'ensemble des méridiens, des pieds jusqu'à la nuque, sans interruption.

Hugo jeta un coup d'œil rapide vers Alice. Son visage s'était légèrement figé sous l'effet de la surprise. Alice, de son côté, fronça un peu les sourcils, cherchant ses mots.

— Entièrement nus ? demanda-t-elle. Il n'y a pas de sous-vêtements jetables ?

— Non, répondit calmement Sonia. Les sous-vêtements jetables coupent la circulation de l'énergie au niveau des hanches et limitent le travail sur le sacrum et les fessiers, qui sont des zones majeures de stockage du stress. Mais rassurez-vous, tout se fait dans le respect absolu de votre confort. Vous entrerez dans la pièce enveloppés chacun dans un grand paréo de coton que je vous fournirai. Vous vous allongerez sur les tables, et je ne découvrirai que les parties du corps massées au fur et à mesure.

Elle fit un pas de côté et désigna une porte ouverte sur la droite, révélant une petite pièce d'eau carrelée de beige.

— Je vous laisse vous préparer. Vous trouverez deux paréos sombres sur l'étagère du vestiaire. Une fois que vous les aurez noués autour de votre taille ou de votre poitrine, vous pourrez revenir ici et vous allonger sur les tables, sur le ventre. Je reviens dans cinq minutes.

Sonia s'inclina légèrement et quitta la pièce par une autre porte dérobée, la refermant sans un bruit derrière elle.

Alice et Hugo restèrent assis un instant dans le silence de la pièce tamisée. Le son lointain d'un gong résonna dans les haut-parleurs.

— Bon, dit Hugo à voix basse en se tournant vers sa sœur. Ton ex avait des plans un peu particuliers pour vos anniversaires, apparemment.

Alice laissa échapper un rire nerveux, passant une main sur son front.

— Je te jure que j'en savais rien. Maxime m'a juste dit que c'était un super institut dont tout le monde parlait dans son cabinet de conseil. Si j'avais su, je t'aurais prévenu.

— On fait quoi ? On se casse ? demanda Hugo, ses mains posées à plat sur ses cuisses, froissant le tissu de son pantalon cargo.

— C'est toi qui vois, dit Alice en regardant la porte du vestiaire. Mais franchement, on est là. C'est payé. La femme a l'air très pro, c'est pas un truc louche. C'est juste... un peu plus nature que prévu. On est frère et sœur, y'a pas de gêne à avoir. On ferme les yeux, on se détend, et dans une heure on s'en va.

Hugo prit une inspiration lente, puis expira.

— Ouais. T'as raison. On va pas faire les coincés pour une histoire de serviette. Allez, viens, on va se changer.

Ils se levèrent de leurs fauteuils et pénétrèrent dans le vestiaire. La pièce était petite, équipée de deux casiers en bois foncé avec des clés électroniques, d'une douche à l'italienne et d'une étagère où étaient empilés deux grands paréos en coton noir épais.

Hugo commença par retirer son sweat-shirt gris par la tête, révélant ses épaules larges et un t-shirt noir en coton en dessous. Il ouvrit l'un des casiers et y déposa son sweat. Alice, quant à elle, déboutonna le bouton métallique de son jean brut, fit glisser la fermeture éclair vers le bas, puis s'assit sur le petit banc en bois pour retirer ses chaussettes blanches invisibles.

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