Chapitre 3
Le samedi après-midi, à quatorze heures précises, Alexandre et Estelle franchirent la porte en fer forgé du studio photo, situé dans une cour intérieure du onzième arrondissement. L'endroit était un ancien atelier réaménagé : béton ciré au sol, briques apparentes, grandes verrières teintées et projecteurs sur pieds encadrant un large espace central avec un canapé en cuir brun et un fond cyclo blanc.
Alexandre portait un jean brut, un t-shirt gris sobre et une veste en toile sombre. Estelle avait enfilé une chemise en lin blanc boutonnée jusqu'au col, un jean noir et son manteau long, qu'elle retira immédiatement pour le poser sur un portant en métal à l'entrée. Leurs mains s'étaient rejointes naturellement dès qu'ils avaient franchi la porte du bâtiment, comme ils l'avaient répété la veille.
Un homme d'une quarantaine d'années, crâne rasé, t-shirt noir et pantalon cargo, s'avança vers eux, un boîtier d'appareil photo suspendu à l'épaule par une sangle en cuir.
— Salut ! Marc, dit-il en tendant la main. C'est vous Estelle ?
— Oui, c'est moi. Et voici Alexandre, mon copain. Il vient m'accompagner aujourd'hui.
Alexandre serra la main de Marc en hochant la tête. Sa poignée de main était ferme, son expression neutre.
— Enchanté, Alexandre. C'est bien que tu sois là, répliqua Marc avec un sourire franc. Sur les séances boudoir et lingerie, je préfère toujours que le conjoint soit au courant et à l'aise. Ça évite les histoires après coup et ça détend l'atmosphère. Tu t'installes où tu veux, il y a du café chaud sur la table basse là-bas.
— Merci, c'est sympa, répondit Alexandre. Je vais me poser dans le coin, je ne vous gênerai pas.
— Tu ne gênes absolument pas. Au contraire, si tu veux jeter un œil aux écrans de contrôle au fur et à mesure, tu es le bienvenu.
Marc se tourna vers Estelle, montrant du doigt le fond du studio où un paravent en bois délimitait un espace cabine avec une coiffeuse éclairée.
— Les tenues sont prêtes sur le portant là-bas. On commence par le projet "Dentelle et Ombre". L'ensemble noir avec le déshabillé en soie. Prends ton temps pour te changer. On a trois heures devant nous.
Estelle hocha la tête, ramassa son sac et se dirigea vers le renfoncement derrière le paravent. Alexandre alla s'asseoir sur une chaise haute en bois à côté de la table de régie, d'où il avait une vue directe sur le canapé en cuir et le fond blanc. Marc ajustait la hauteur d'un flash studio, réglant la puissance de la lumière avec une télécommande sans fil.
— Ça fait longtemps que vous êtes ensemble ? demanda Marc tout en braquant la boîte à lumière vers le centre du plateau.
— Deux ans, dit Alexandre sans hésiter. On vit ensemble depuis un an.
— D'accord. Elle t'a parlé du projet ? L'idée c'est d'avoir un rendu très esthétique, jeu d'ombres, rien de vulgaire. C'est pour une marque indépendante qui lance sa gamme d'automne.
— Oui, elle m'a tout expliqué. C'est un beau projet, je suis là pour la soutenir.
Marc hocha la tête, rassuré par l'attitude posée d'Alexandre.
Le tissu du paravent remua, et Estelle réapparut. Elle avait retiré sa chemise et son jean, désormais suspendus sur le cintre de la cabine. Elle portait un ensemble de lingerie en dentelle noire : un soutien-gorge balconnet à armatures et une culotte taille haute ajourée sur les hanches. Par-dessus, elle avait enfilé un déshabillé long en soie noire, fluide et translucide, laissé complètement ouvert sur le devant, révélant la ligne de son ventre, le creux de sa taille et la dentelle couvrante sur sa poitrine. Ses pieds étaient nus.
Elle s'avança vers le centre de la pièce, réajustant les rebords du déshabillé sur ses épaules. Ses yeux croisèrent immédiatement ceux d'Alexandre. Il ne détourna pas le regard, gardant la tête haute, les bras croisés.
— Superbe, dit Marc en levant son appareil. On garde les cheveux lâchés comme ça. Estelle, viens t'installer sur le canapé en cuir. Je veux que tu t'allonges légèrement sur le côté, un coude posé sur le dossier.
Estelle obéit, montant sur le cuir brun du canapé. Le tissu de soie glissa le long de ses jambes nues lorsqu'elle se positionna. Le déshabillé s'écarta davantage, découvrant sa cuisse gauche et le bas de la culotte en dentelle.
— Très bien, dit Marc en reculant de deux pas. Regarde vers la fenêtre... Voilà. Maintenant ramène ta main droite vers ton col, comme si tu ajustais la soie.
Le déclencheur de l'appareil créa un cliquetis régulier, accompagné du flash bref qui éclairait la pièce à chaque prise de vue. Marc enchaînait les angles, se baissant, se décalant sur la gauche.
— Magnifique. Le regard un peu plus lourd, Estelle. Pensive. Pense à quelque chose d'intime, un secret.
Estelle tourna lentement la tête vers Alexandre. Un léger sourire étira le coin de ses lèvres, presque imperceptible pour le photographe, mais parfaitement clair pour Alexandre. Le souvenir de leur échange de la veille sur le canapé repassa instantanément dans l'air.
— Excellent, gardez cette expression ! s'exclama Marc. Alexandre, tu peux t'approcher si tu veux. Viens voir le rendu sur le moniteur.
Alexandre se leva de sa chaise haute, laissant sa veste posée sur le dossier, et s'avança vers l'écran géant relié en filaire à l'appareil photo. Chaque cliché s'y affichait en haute définition deux secondes après le déclenchement. Les images montraient les détails précis de la peau d'Estelle, le grain de la dentelle noire serrant ses courbes, la brillance de la soie ouverte sur son buste.
— Qu'est-ce que tu en penses ? demanda Marc en s'arrêtant un instant.
— C'est très propre, répondit Alexandre, sa voix neutre et posée. La lumière met bien le tissu en valeur.
— Elle est super photogénique, ton amie, dit Marc. Bon, on va changer un peu la dynamique. Estelle, enlève le déshabillé en soie. On garde juste l'ensemble en dentelle.
Estelle s'assit droite sur le canapé. Ses mains saisirent les pans du déshabillé en soie noire, le faisant glisser le long de ses bras nus. Elle le retira complètement et le posa sur le canapé à côté d'elle. Elle se retrouva uniquement vêtue du soutien-gorge noir et de la culotte taille haute. Ses épaules, ses bras, son ventre et l'intégralité de ses jambes étaient désormais découverts.
— Ok, reprit Marc. On va faire une série plus rapprochée. Alexandre, reste là où tu es, à côté de l'écran. Estelle, regarde Alexandre. Pas l'objectif. Regarde-le lui.
Estelle pivota le haut de son corps vers Alexandre. Le balconnet en dentelle soutenait sa poitrine avec fermeté, soulignant le creux entre ses seins. Ses pieds nus étaient calés contre le cuir du canapé. Elle posa ses deux mains à plat sur ses cuisses découvertes, le regard fixé dans celui d'Alexandre.
— Voilà ! Ne bougez plus, cria Marc en enchaînant les déclenchements. La complicité est parfaite. Alexandre, parle-lui. Dis-lui un truc pour qu'elle garde cette étincelle dans le regard.
Alexandre fit un pas de plus vers le bord du plateau, à deux mètres seulement du canapé où Estelle posait.
— Tu te débrouilles bien, dit-il d'un ton calme.
— C'est grâce à ton coaching d'hier, répondit-elle sans rompre le contact visuel, un brin de malice dans la voix.
— Pas de bavardages trop longs, mais gardez cette tension ! s'enthousiasma Marc. Alexandre, tu as ton téléphone sur toi ?
— Oui.
— Sors-le. Avance-toi sur le plateau. Fais semblant de prendre une photo d'elle pendant que je travaille. Ça va donner du mouvement et une posture plus naturelle.
Alexandre sortit son smartphone de sa poche arrière de jean. Il s'avança jusqu'au canapé, s'arrêtant juste à côté d'Estelle. La chaleur du studio et le parfum floral qu'elle portait s'imposèrent immédiatement à lui. Estelle leva la tête vers lui, son torse légèrement bombé dans son soutien-gorge de dentelle, ses mains glissant lentement le long de ses cuisses jusqu'à ses genoux.
— Approche encore, murmura Estelle pour qu'il soit le seul à l'entendre. Le photographe veut du réalisme.
Alexandre leva son téléphone, l'écran affichant le retour de son propre objectif dirigé vers elle. À