Réveil en pleine nuit
Chapitre 4
Estelle se redressa lentement. Ses genoux, restés trop longtemps pliés contre le bord du matelas, craquèrent discrètement dans le calme plat de la pièce. Elle resta un instant debout, les jambes légèrement écartées, observant sa main droite. À la lumière diffuse qui traversait la vitre du Velux, le liquide séminal brillait sur sa paume et le long de ses doigts. Elle prit soin de garder sa main écartée de son short de pyjama en molleton gris et de son t-shirt ample pour ne pas faire de tache sur ses propres vêtements.
Elle contourna le lit à pas feutrés, évitant les lattes de parquet qui grinçaient près du seuil. Elle poussa la porte de la salle de bain attenante. La pièce d'eau était froide. Elle n'alluma pas le plafonnier pour ne pas agresser ses yeux ni risquer de tirer Simon de sa léthargie. Elle se contenta de la faible lueur qui passait par l'imposte.
Elle ouvrit le robinet d'eau tiède. Le bruit de l'eau coulant sur la faïence blanche résonna d'abord fortement à ses oreilles, puis elle régula le débit pour le rendre presque inaudible. Elle pressa le poussoir du savon liquide à deux reprises. Une odeur d'amande douce se dégea alors qu'elle frottait vigoureusement ses paumes, insistant entre ses doigts et sous ses ongles. Elle rinça le tout sous le filet d'eau chaude, observant la mousse s'évacuer dans le siphon.
Une fois ses mains propres, elle attrapa la serviette en éponge suspendue au radiateur sèche-serviettes et s'essuya soigneusement. Ses yeux s'étaient maintenant habitués à la pénombre de la salle de bain. Elle prit un gant de toilette propre dans la pile rangée sur l'étagère, l'imbiba d'eau tiède, puis l'essora fermement jusqu'à ce qu'il ne soit plus qu'humide.
Elle retourna dans la chambre. Simon n'avait pas bougé d'un pouce. Il respirait toujours de manière régulière, la bouche entrouverte. Ses jambes étaient toujours nues, son jean sombre formant un tas sombre sur le sol près du pied du lit.
Estelle s'approcha du matelas. Elle repéra la tache plus sombre sur le drap blanc, juste à l'endroit où elle venait d'essuyer ses doigts quelques instants plus tôt. Elle s'agenouilla sur le bord du lit, posa le gant de toilette humide sur le tissu et tamponna fermement pour diluer et absorber la matière. Elle frotta ensuite avec de petits mouvements circulaires, sans trop appuyer pour ne pas humidifier le matelas en profondeur. L'odeur musquée se mêla brièvement à celle de l'amande douce du savon.
Lorsqu'elle eut terminé, elle posa le gant sur la table de chevet. Elle se tourna vers son frère. Le froid de la nuit, qui s'engouffrait par les fentes d'aération, faisait légèrement frissonner la peau de ses cuisses.
Estelle tendit les mains vers le boxer noir de Simon, qui était toujours resté enroulé au milieu de ses cuisses. Ses doigts attrapèrent l'élastique supérieur du sous-vêtement. Elle le tira vers le haut avec précaution. Le coton glissa sur la peau velue de ses cuisses. Pour passer l'obstacle de ses hanches, elle dut glisser ses mains sous le bas de ses fesses afin de le soulever légèrement. Le corps de Simon était lourd, inerte sous l'effet de l'alcool. Elle remonta le boxer jusqu'à sa taille, recouvrant entièrement son anatomie désormais au repos.
Elle se baissa ensuite pour ramasser le jean en denim brut qui gisait au sol. Le tissu était lourd et froid. Elle le plia en deux et alla le poser sur le dossier de la chaise en bois située près de la commode. Le mouvement fit tinter les clés restées dans la poche droite, un bruit métallique sec qui s'éteignit immédiatement.
Elle revint vers le lit, saisit la couette qui était restée en tas sur le côté droit et la remonta sur le corps de Simon. Elle le couvrit jusqu'à la poitrine, lissant le tissu pour emprisonner la chaleur. Le t-shirt noir que Simon portait était un peu remonté, découvrant le bas de son ventre. Elle l'attrapa par l'ourlet et le tira vers le bas pour le remettre en place.
Alors qu'elle s'apprête à faire marche arrière pour regagner le couloir, le bras de Simon bougea brusquement sous la couette. Sa main émergea et attrapa le poignet d'Estelle. Sa poigne était forte, ses doigts chauds et légèrement moites serrant fermement sa peau.
Estelle s'immobilise, le corps tendu, les yeux fixés sur le visage de son frère.
Simon ouvrit lentement les yeux. Ses pupilles étaient dilatées, son regard flou et fatigué par les heures de sommeil et l'alcool accumulé. Il cligna des paupières plusieurs fois, essayant de faire la mise au point sur la silhouette qui se tenait debout à côté de lui.
« Estelle ? » dit-il. Sa voix était extrêmement rauque, presque méconnaissable, usée par le tabac et la boisson.
« Oui, c'est moi », répondit-elle d'un ton bas et monocorde. « Rends-toi. »
Il relâcha lentement sa pression sur son poignet. Sa main retomba lourdement sur le drap. Il passa ses doigts sur son front, frottant ses tempes comme s'il tentait de dissiper une douleur lancinante.
« Quelle heure il est ? » demanda-t-il, la voix toujours basse.
« Un peu plus de quatre heures du matin. Tu as trop bu ce soir. Tu t'es écroulé sur le lit tout habillé. J'ai juste retiré ton jean pour que tu puisses dormir correctement. »
Simon prit une grande inspiration, gonflant sa poitrine sous la couette, puis expira longuement en fermant les yeux.
« Putain, ma tête va exploser... » murmura-t-il. Il s'appuya sur ses coudes pour se redresser légèrement contre les oreillers. La couette glissa un peu, révélant le haut de son t-shirt froissé. « J'ai fait un rêve complètement dingue. »
Estelle resta immobile, les mains désormais enfoncées dans les poches de son short de pyjama.
« C'était quoi comme rêve ? » demanda-t-elle sans changer d'intonation.
« Je sais plus trop... Claire était là. Enfin, je crois. C'était super bizarre. Tout semblait réel. » Il secoua la tête, ce qui lui arracha une grimace de douleur. « J'ai l'impression d'avoir encore le goût de la bière dans la gorge. »
« Attends là, je vais te chercher de l'eau. »
Elle se tourna et retourna dans la salle de bain. Elle prit le verre à dents en plastique bleu posé sur le rebord du lavabo, le resta rapidement, puis le remplit d'eau froide du robinet. Elle revint dans la chambre et lui tendit le contenant.
Simon s'en saisit immédiatement. Ses doigts effleurèrent ceux d'Estelle lors de l'échange. Il but le verre d'une seule traite, de grandes gorgées régulières qui firent bouger sa pomme d'Adam. Une fois le verre vide, il le reposa sur la table de chevet avec un bruit sourd.
« Merci », dit-il en s'essuyant la bouche du revers de la main. Il la regarda plus attentivement, ses yeux s'étant habitués à l'obscurité de la pièce. « Tu faisais quoi d'autre ? »
« Rien. J'ai nettoyé le drap, tu avais renversé un peu d'eau en te couchant. Et j'ai rangé tes affaires. »
Simon jeta un coup d'œil vers la chaise où son jean était plié, puis vers le drap à côté de lui, encore légèrement humide à l'endroit où Estelle avait passé le gant. Il ne fit aucun commentaire, semblant trop fatigué pour analyser les détails.
« Je suis désolé pour le dérangement », dit-il en se laissant glisser à nouveau sous la couette. Il se tourna sur le côté, face au mur opposé, ramenant ses genoux vers sa poitrine. « Je suis complètement naze. »
« Dors, Simon. On nettoiera le reste demain matin. »
Estelle fit un pas vers la sortie. Elle ramassa le gant de toilette humide sur la table de chevet.
« Estelle ? » l'appela-t-il alors qu'elle atteignait la porte.
Elle s'arrêta, la main sur la poignée en laiton.
« Oui ? »
« Merci d'être passée. Je me serais réveillé complètement gelé sinon. »
« De rien. Bonne nuit. »
« Bonne nuit. »
Elle sortit de la chambre et tira la porte derrière elle, veillant à ce que le loquet s'enclenche sans faire de bruit. Le couloir était sombre et froid. Le contact du parquet d'origine sous ses pieds nus la fit frissonner. Elle marcha rapidement jusqu'à sa propre chambre, ouvrit la porte et se glissa sous ses propres draps, qui lui parurent immédiatement frais et accueillants.
Elle resta un long moment allongée sur le dos, les yeux grands ouverts fixés sur le plafond blanc, écoutant le silence de la maison qui s'était à nouveau installé.