← Retour au catalogue

Un jeu au grenier

Récit par adminBenoit • ⚡ Coécrit par Auteur Numérique
Ch. 1 Ch. 2 Ch. 3 Ch. 3 Ch. 4 Ch. 5 Ch. 6 Ch. 7 Ch. 8
Chapitre 1 1964 mots • Format : 👥 Présentiel

Chapitre 1 : Le Début

« Pousse-toi un peu, Tom, je n’ai pas la place de passer avec ce carton. »

Tom recula d'un pas, ses baskets de chantier crissant sur le plancher poussiéreux du grenier. Il passa le dos de sa main sur son front, y laissant une traînée grise. Sa chemise de flanelle rouge à carreaux, portée ouverte sur un t-shirt gris à col rond, était déjà humide au niveau des omoplates à cause de l'effort.

« C'est bon, vas-y. Pose-le là-bas, avec les vieux manuels scolaires », dit-il en désignant d'un geste du menton un coin sombre sous la pente du toit.

Alice déposa le bac en plastique bleu avec un soupir lourd. Elle portait un sweat à capuche oversize bleu marine, sans fermeture éclair, dont elle avait retroussé les manches jusqu'aux coudes, révélant des avant-bras fins et pâles. Son jean slim noir était marqué de traînées de plâtre blanc au niveau des genoux à force de s'agenouiller sur le sol brut. D'un coup de souffle vers le haut, elle écarta une mèche de cheveux rebelle qui s'était échappée de son chignon désordonné, retenu par un simple élastique noir.

« On n’en verra jamais le bout », grogna-t-elle en se redressant, les mains appuyées sur ses hanches. « Pourquoi ils ont gardé autant de trucs ? Des bottins de téléphone de 1995, sérieux ? »

« Tu connais maman. Elle ne jetait rien », répondit Tom.

Il s'appuya contre une lourde malle en osier, enfonçant ses mains dans les poches de son jean brut. La boucle en acier de sa ceinture brilla un court instant sous la lumière jaune et blafarde de l'unique ampoule qui pendait au bout d'un fil poussiéreux.

« Bon, qu'est-ce qu'on fait de cette malle ? » demanda Alice en tapotant le couvercle tressé de la pointe de sa Converse usée.

« Il faut la déplacer pour voir ce qu'il y a derrière. Aide-moi. »

Tom se pencha, saisissant l'une des poignées en corde de la malle. Alice prit l'autre côté. Ses doigts fins frôlèrent le bois brut de la plinthe alors qu'ils tiraient ensemble. Dans un grincement strident, la malle glissa sur un mètre, révélant un renfoncement sombre sous la charpente que personne n'avait touché depuis des décennies. Tout au fond, posé sur une pile de vieux dictionnaires à la couverture cartonnée, se trouvait un objet insolite.

C'était une boîte en bois de palissandre sombre, d'environ quarante centimètres de côté. Contrairement au reste du grenier, aucune couche de poussière ne recouvrait ses surfaces lisses et vernies. Des incrustations de nacre grise et de laiton dessinaient des motifs géométriques complexes sur le couvercle.

« Tiens, c'est quoi ça ? » murmura Alice en s'approchant.

Tom se pencha et prit la boîte à deux mains. « C'est lourd. Très lourd pour cette taille. »

Il la porta jusqu'à une table basse en pin qui servait de zone de tri au milieu de la pièce. Alice le suivit, ses pas résonnant sur les lattes de pin. Ils se placèrent de chaque côté de la table.

« Il y a une serrure ? » demanda-t-elle, penchée en avant. Son sweat oversize bâilla légèrement au niveau du col, laissant entrevoir sa clavicule et une fine chaîne en argent.

« Non, juste un loquet en laiton. Regarde. »

Tom posa son index sur la pièce métallique. Dès que sa peau toucha le laiton, le loquet pivota de lui-même avec un déclic sec. Le couvercle de la boîte se souleva lentement dans un léger sifflement d'air comprimé, révélant un intérieur recouvert de feutrine noire.

Au centre, un plateau de jeu en marqueterie de bois clair et sombre dessinait un parcours en spirale d'une trentaine de cases. Deux pions en métal lourd y étaient posés : un doré, sculpté en forme de clé, et un argenté, représentant une serrure stylisée. Dès que le couvercle fut entièrement ouvert, les deux pions glissèrent d'un coup sec, sans que personne ne les touche, pour venir se positionner côte à côte sur la case départ.

« Oh, d'accord... C'est un truc aimanté », dit Tom, un peu surpris. « Un vieux jeu de société de collection. »

« Ça m'étonnerait que ce soit si vieux si c'est magnétique à ce point », répondit Alice en tendant la main. Ses doigts effleurèrent le pion argenté.

À l'instant précis où son index entra en contact avec le métal froid, un claquement retentit derrière eux.

La lourde trappe en bois qui permettait d'accéder au grenier par l'échelle escamotable venait de se rabattre violemment. Le bruit métallique du loquet de fermeture extérieur se fit entendre, net et définitif.

Alice se retourna d'un coup, manquant de trébucher sur un carton. Elle courut vers la trappe, s'agenouilla sur le plancher et saisit l'anneau de fer encastré dans le bois. Elle tira de toutes ses forces, mais la trappe resta parfaitement immobile.

« Tom ! C'est coincé ! Viens m'aider ! »

Tom la rejoignit rapidement. Il s'accroupit à ses côtés, ses genoux en jean brut frôlant ceux d'Alice. Il empoigna l'anneau métallique à deux mains, ses avant-bras se tendant sous l'effort, mais le panneau de bois ne bougea pas d'un millimètre.

« C'est verrouillé de l'extérieur », dit-il, la voix blanche. « Mais il n'y a personne en bas. La maison est vide. »

« C'est impossible, le loquet a dû glisser à cause de la secousse quand on a déplacé la malle », tenta de rationaliser Alice, bien que sa voix tremble légèrement.

« Le loquet extérieur est un loquet à targette. Il ne peut pas glisser tout seul vers le haut pour se verrouiller. »

Tom se redressa, essuyant ses mains moites sur les cuisses de son jean. Il retourna vers la table basse. Alice se releva à son tour, lissant nerveusement le bas de son sweat bleu marine qui s'était un peu froissé.

Sur la table, la boîte en bois avait changé d'aspect. Une petite plaque de cuivre située au centre du plateau de jeu s'était mise à luire d'un éclat rougeoyant. Des lettres s'y gravaient en direct, comme consumées par un acide invisible, avant de se stabiliser dans une teinte noire bien lisible.

Ils se penchèrent ensemble sur le plateau.

*« Le Jeu du Seuil. Deux participants. Une fois la partie commencée, les portes restent closes jusqu'à la victoire. Chaque case franchie exige de surmonter une épreuve. Refuser le défi équivaut à l'abandon, et l'abandon scelle le lieu. »*

Juste en dessous, deux noms étaient désormais gravés en lettres capitales : **TOM** et **ALICE**.

« C'est un écran ? Une sorte de technologie OLED cachée sous le bois ? » demanda Tom en touchant la plaque de cuivre. Elle était tiède au toucher.

« Comment ça connaît nos prénoms, Tom ? » la voix d'Alice était plus basse, presque un murmure. « Ce n'est pas un écran. Regarde les lettres, elles sont creusées dans le métal. »

Avant qu'il ne puisse répondre, une fente fine située sur le côté de la boîte s'ouvrit. Une petite carte métallique, de la taille d'une carte de crédit mais extrêmement fine, en glissa à moitié.

Tom la saisit. Le métal était souple et froid. Des lignes de texte y apparurent instantanément.

« Lis-le », dit Alice en croisant les bras sur sa poitrine, serrant le tissu de son sweat.

Tom s'éclaircit la gorge. « *Défi numéro un : La Vérité du Contact. Le joueur doré doit poser sa main droite sur la nuque de la joueuse argentée pendant une minute complète, tout en lui avouant un secret d'enfance qu'il n'a jamais partagé avec elle. Si la confession est jugée authentique par le plateau, le premier verrou de la trappe se relâchera.* »

Un silence s'installa dans le grenier, seulement troublé par le sifflement du vent contre les tuiles du toit.

« C'est ridicule », dit Alice en secouant la tête. « C'est un jeu débile. On va trouver un autre moyen de sortir. Il y a la lucarne. »

Elle se dirigea vers la petite fenêtre crasseuse située sous le toit. Elle essaya de faire pivoter le loquet en fer rouillé, mais celui-ci était soudé par la rouille et le temps. Elle frappa contre le carreau épais avec le plat de sa main, sans succès.

« On est au deuxième étage, Alice. Même si on cassait le carreau, on ne pourrait pas descendre sans échelle », rappela Tom depuis le centre de la pièce.

Alice revint vers la table basse, ses Converses tapant nerveusement sur le sol. Elle soupira, passant une main sur son visage pour chasser la fatigue.

« Bon. On n'a pas le temps pour ces conneries. Faisons ce truc qu'on puisse descendre. C'est quoi ton secret ? »

Tom resta immobile un instant. Il déboutonna les boutons de ses poignets de chemise et remonta ses manches jusqu'à ses avant-bras. « Viens là alors. »

Alice fit un pas de plus vers lui. Elle dégagea d'une main les quelques mèches de cheveux qui pendaient à l'arrière de son cou pour dégager sa nuque, révélant sa peau claire.

Tom leva sa main droite. Ses doigts hésitèrent une seconde dans les airs avant de venir se poser à plat sur la nuque d'Alice. Sa paume, chaude et légèrement rugueuse, engloba la base de son cou. Alice eut un léger frisson au contact de cette chaleur soudaine, mais elle ne bougea pas, fixant le motif à carreaux de la chemise de son frère.

« J'attends », dit-elle, essayant de garder un ton neutre.

« Quand on avait douze ans », commença Tom, sa voix résonnant bizarrement dans le silence du grenier. « Le vase en cristal de bohème de grand-mère, celui qui a disparu pendant le déménagement... Ce n'est pas les déménageurs qui l'ont cassé. »

« C'était toi ? »

« Oui. Je jouais avec mon ballon dans le salon alors que c'était interdit. Je l'ai pulvérisé. J'ai ramassé tous les morceaux, je les ai mis dans un sac poubelle et je suis allé le jeter dans la benne du chantier au bout de la rue pour que personne ne trouve les débris. J'ai laissé tout le monde accuser l'équipe de déménagement. »

La paume de Tom resta pressée contre la peau d'Alice. Ils comptaient mentalement les secondes.

Soudain, un tintement cristallin s'échappa de la boîte. Le pion doré de Tom glissa d'une case vers l'avant. Au même instant, un bruit métallique lourd retentit sous le plancher, provenant de la trappe : un des verrous venait de sauter.

Tom retira sa main de la nuque d'Alice et la glissa à nouveau dans la poche de son jean brut. Alice laissa retomber ses cheveux sur son cou et recula d'un pas, observant le plateau.

« Ça a marché », constata-t-elle.

Le pion argenté d'Alice se mit alors à vibrer à son tour. Une seconde carte métallique glissa hors de la fente de la boîte. Alice la ramassa d'un geste sec. Ses yeux parcoururent les lignes de texte qui se dessinaient sur le métal argenté. Son visage se figea.

« Qu'est-ce qu'il y a d'écrit ? » demanda Tom.

Alice ne répondit pas tout de suite. Elle serra la carte entre ses doigts, ses ongles courts s'enfonçant légèrement dans le métal souple. Elle jeta un regard vers la trappe toujours fermée, puis vers Tom.

« C'est le deuxième défi », dit-elle d'une voix plus neutre, presque blanche. Elle lui tendit la carte.

Chapitre suivant (2) →